munduruku un point de vue naif.

un blog sur ce qui m'intéresse, le cybermonde, la science, la politique.

dimanche, février 05, 2006

de la religion à la science dans l'économie de la connaissance

J'ai lu récemment un livre fondamental appelé "Et l'homme créa les dieux" de Pascal Boyer, anthropologue français. Ce livre a radicalement changé mon esprit, et ce de plusieurs manières.

Je suis un indécrottable athé, et je refuse de croire en quoi que ce soit. C'est important de le dire pour ne pas polluer mon discours avec vos interrogations "est-il croyant ?" etc.

Ce livre est literralement une bombe !! Et je suis heureux qu'il ait été écrit aux états-unis par un chercheur français, c'est le plus beau symbol que je pouvais imaginer. Je recommande TRES vivement la lecture du livre avant de finir cet article !

D'une certaine manière, on peut tirer de ce livre que les idées circulent au gré des échanges, et que l'on répète beaucoup ce que l'on a entendu. Or nous ne sommes pas des machines et nous ne répétons pas "bêtement" ce que nous entendons, mais nous "assimilons" ce que nous avons entendu, et nous "ennonçons" ensuite ce que nous en avons compris.

En somme une "idée" est diffusée à travers un homme en étant modifié. Une idée religieuse est une idée qui à certaines caractéristiques (cf le bouquin). Or quelles sont les idées religieuses en "vogue" ? Celles qui sont apparues au hasard d'une déformation et qui continuent à circuler, quasiment inchangées.
Une idée qui se transmet vite et sans quasiment de modification, est une idée qui va se propager vite, et loin, et longtemps. Les idées religieuse qui sont arrivées jusqu'à nous sont de celles-là.

Nous appelerons Point Fixe, une idée qui se transmet inchangée de bouche à oreille.

Il est intéressant de noter que l'ensemble des idées qui forment point fixe, ET qui circulent, peut être considéré comme la mémoire collective.

Cette mémoire collective peut être "localisé" dans le cerveau des humains qui la porte, et même mieux, dans l'espace cognitif de ceux-ci. Autrement dit, lorsque j'ai compris quelque chose d'important, j'ai réussi à faire tourner un programme nouveau dans mon cerveau. Il est important que j'utilise cette compréhension nouvelle, certes, mais également que je m'assure de la plus grande diffusion possible pour cette "comprennette". Je vais donc essayer de l'expliquer autour de moi. Mon entourage se chargeant de le diffuser à son tour etc.
Autrement dit, en ayant compris (même modestement) la théorie de la gravitation de Newton, je suis UN des octets qui servent à stocker, pour le compte de l'humanité, la théorie de Newton dans la mémoire collective. C'est important pour le progrès de la science, je crois que c'est important pour le progrès de l'humanité.

Et internet dans tout ça ?
D'abord internet est fiable, ce qui veut dire que ce que j'ai écrit une fois, je vais devoir l'assumer pour toujours.
C'est pas nouveau, et c'est pas révolutionnaire. Un auteur de livre est lue de la même manière par des millions de lecteurs dans le temps. On pourrait s'imaginer que cela introduit une notion nouvelle, du genre, "idée difficile à exprimer mais facile à assimiler", mais au final, elle ne touchera que les quelques lecteurs du livre, les auditeurs de rang 0, qui sont bien moins nombreux que ce de rang 1 etc... Le livre peut alors être vu comme une plateforme de lancement d'une idée, mais la forme la plus représenté sera celle sous laquelle elle va le mieux se transmettre. En conséquence, les mail, sms et tout le toutim sont autant de nouvelle plateforme de lancement d'idées nouvelles (la plateforme pas les idées), mais ça ne constitue pas en tant que tel un nouveau support pour la mémoire collective.

En revanche, les blogs sont un phénomènes bien plus intéressant de ce point de vu. En effet, les lecteurs d'un blog en comprennent quelque chose, et s'en inspire pour le transmettre dans leur propre blog. Il y a donc une forte déformation (d'autant plus forte que l'écrit déforme plus que l'oral qui permet de s'assurer de la bonne compréhension de l'auditeur), en même temps qu'une démultiplication colossale du nombre d'auditeur (sauf pour moi ... mais bon !).

En ce sens, les blogs sont un formidable doppeur de mémoire collective. Il devrait donc être urgent que les scientifiques de tous les pays s'emparent de cet outils, et publie sur leurs "blogs" les découvertes qu'ils font. Les jeunes chercheurs s'abonneraient aux blogs des personnalités éminentes (qui aurait un auditoire plus grand encore que celui des publis scientifique que tout le monde écrit et que peut lise). Les idées seraient diffusées plus vite. les commentaires et les track-back pourraient servir à la validation scientifique par les pairs (bien que le mécanisme reste à inventer).

samedi, février 04, 2006

Quel est l'opposé de créatif ?

Il y a quelques temps je lisais quelques articles de J.L. Krivine à propos du lien entre informatique et mathématique et "sciences cognitives". Il ne s'agit d'articules de math appliqués, pas du tout, mais en gros, Krivine affirme que la recherche en mathématique c'est décompiler les programmes qui tournent dans leur propre cerveau. Ces programmes servent à la compréhension du monde extérieur.

En gros, la théorie de la gravitation universelle, est le code source du programme qui tournait dans la tête de Newton quand il a "compris" le monde qui l'entourait (quand il a vu tomber la pomme ... pour la caricature).

Cet article est énorme, grandiose, sexy... mais je restais un tantinet sur ma faim. Cette description (que je vous enjoins de lire) de l'activité scientifique, est une sorte d'instantanné de ce qui se passe réellement dans notre esprit. S'en suivirent plusieurs questions:

Pourquoi avons nous du attendre Einstein pour décompiler la relativité ? Je dois admettre que la seule explication qui me vienne à l'esprit, est qu'Einstein, avait à la fois une compréhension originale du monde qui l'entourait ET une capacité à le formaliser. Sauf quelques rares inconnus qui aurait pu prétendre avoir compris le monde comme Einstein, on peut dire que ce programme tournait dans la tête d'Einstein seul. Ce problème se pose de la même manière avec Newton.

Je ne peux pas affirmer que je connais la relativité mieux qu'Einstein (c'est encore un peu trop tôt), mais je suis sur que je la connais mieux que Newton (pas de quoi être fier néanmoins). Comment est ce possible que moi, simple mortel j'arrive à faire tourner un programme dans mon cerveau que Newton n'a pas pu ? Il est évident que j'ai un avantage sur Newton qui n'est pas lié à mon intelligence personnelle, mais au temps, et à ma postériorité.

En reprennant la description de Krivine, je dirais simplement qu'une version light de la relativité restreinte tourne dans ma tête, et que ce programme n'était pas disponible à l'époque de Newton. D'accord, ça explique bien, mais ça soulève néanmoins un autre problème: Comment se fait-il alors qu'un tel programme s'est mis à tourner dans la tête d'Einstein ? Au passage, il est édifiant de se documenter sur le sujet du lien qu'il existe entre les études (brevet) que faisait Einstein sur les problèmes de synchronisation des horloges en europe, et l'intuition initiale de la théorie de la relativité).

Et j'en viens au coeur du sujet du billet, j'aimerais introduire dans la description de Krivine, deux notions supplémentaire: la créativité, et la pédagogie.

Pour filer la métaphore, on peut dire qu'Einstein a démarré un programme que personne avant n'avait mis en marche, en d'autre termes, il a pensé différement.
En somme, quelqu'un comme Einstein devait être intelligent, certes, mais surtout il doit être un peu marginal. Il voyait le monde avec des yeux que personne n'avait jamais eu auparavant.

Pour être créatif un cerveau doit être différent, marginal. Les grands génies ne peuvent pas être de brillants élèves, ils ne peuvent pas rentrer totalement dans le moule.
Une fois qu'un grand esprit comme Einstein, a pensé différement, ET qu'il a montrer que sa façon de voir avait un pouvoir explicatif supérieur à tous les autres points de vue, ET qu'il a réussi à expliquer son point de vue à au moins quelqu'un, ALORS il vient de réaliser une découverte scientifique.

Ensuite viennent les "suiveurs" qui doivent comprendre le programme d'Einstein, en somme se mettre à le faire tourner dans leur propre cerveau. Faire l'effort de comprendre les pensées d'un autre, et préparer des plus jeunes à ce même exercices, c'est précisément "enseigner".

Newton était intelligent, il a eu du mal à comprendre le monde doué d'une gravitation universelle. Et moi, encore moi, simple humain, je comprends naturellement le monde doté d'une gravitation universelle. Que s'est-il passé avec le programme de la gravitation universelle entre Newton et moi ?
Et bien, des générations de pédagogues se sont efforcés de comprendre, et de faire comprendre (de transmettre en somme), cette théorie, pour la résumé aujourd'hui en un cinglant F=ma.
Pour suivre le vocabulaire de Krivine, on peut dire que les pédagogues ont optimiser le code de la gravitation Universelle pour qu'elle tourne dans mon cerveau.

En science donc, les pédagogues sont au moins aussi important que les créatifs.

L'opposé de créatif, c'est donc pédagogue.

Et voilà un munduruku qui a manqué de créativité...: